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"... faire du Bulletin un espace d’échanges, de partages, de réflexions intellectuelles et aussi un espace qui reflète, tout simplement, l’âme de l’ANSD. Comme cet instrument de navigation maritime, le Phare de l’ANSD vient éclairer ses lecteurs sur les activités de l’Agence de la statistique."

Aboubacar Sédikh BEYE, DG ANSD (2014-2017).


Editorial dernier numéro (009, juin 2020) Consulter les numéros déjà publiés

LE DEVELOPPEMENT, LA PRODUCTION ET LA DIFFUSION DES STATISTIQUES OFFICIELLES EN PERIODE DE PANDEMIE DE LA COVID-19

Afin de faire face à la propagation de la COVID-19, la plupart des pays affectés ont décrété un état d’urgence et adopté des mesures barrières ou de distanciation physique, de restrictions des déplacements et d’autres pratiques de sécurité sanitaire. Ces mesures ont eu des effets directs sur les activités des systèmes statistiques nationaux, notamment les enquêtes et les recensements qui nécessitent des rassemblements et des contacts humains, ne serait-ce que pour le recrutement et la formation du personnel d’enquête, la mise à jour des zones ou districts de recensement, la collecte des données ainsi que son contrôle et sa supervision, etc. En outre, la fermeture des commerces, hôtels et restaurants, la suspension des services de transport ou d’autres fonctions d’appui à la production empêchent ou réduisent fortement le déroulement des opérations de terrain.

Les activités de planification de ces opérations de terrain son également affectées : les budgets sont souvent réduits ou supprimés entrainant l’annulation ou la suspension d’opérations d’achats ou de dotation en personnel, certaines méthodologies perdent de leur pertinence alors que nombre de questionnaires sont redimensionnés au détriment de la qualité des données. Aussi, les calendriers de diffusion des données sont au mieux, adaptés.

Dans ce contexte inédit, la plupart des instituts nationaux de la statistique (INS) ont pris en urgence des mesures pour assurer la continuité et la qualité de leur production statistique. Ces mesures dépendent toutefois des capacités institutionnelles, financières, technologiques et numériques permettant aux INS d’innover et de s’adapter aux défis à relever en ce contexte difficile.

Les INS ont d’abord adapté leurs méthodes d’organisation du travail pour se conformer aux mesures barrières édictées afin de protéger leur personnel, mais également les populations, aussi bien au sein des ménages qu’au niveau des entreprises dont la collaboration est essentielle en tant que fournisseurs de données. Dans les pays où le confinement est partiel, les horaires de travail ont été non seulement réaménagés, mais la présence au bureau du personnel est soumise à un système de rotation pour certains pendant que d’autres membres du personnel, notamment les personnes âgées de 50 ans ou plus, travaillent à domicile s’ils sont en mesure de le faire. En outre, pour les bureaux qui sont restés ouverts, toute visite y est interdite ; les réunions sont organisées via différentes solutions en ligne pour assurer la continuité des activités. Chaque fois que ces réunions ont lieu au bureau, les règles de distanciation physique sont respectées et le nombre de participants limité.

Dans les pays où le confinement est général, les INS se sont organisés grâce au télétravail pour leurs agents en capacité de le faire.

Cette adaptation des méthodes d’organisation du travail des INS pour respecter les consignes gouvernementales de confinement, a nécessité une redéfinition des priorités, et l’adaptation de certaines opérations pour tenir compte de la situation sanitaire. Ainsi, la capacité des INS à mener leurs activités de collecte de données conformément à la périodicité recommandée sur le plan international et à disposer de sources administratives fiables à des fins statistiques, est rudement affectée, principalement par les restrictions à la circulation des personnes et les mesures de distanciation sociale dans les pays.

Aussi, en Afrique, quarante-deux (42) enquêtes ont été interrompues ou suspendues dans 15 pays, sur les 168 prévues cette année dans les pays qui ont répondu à une enquête de la CEA. Quarante-huit (48) enquêtes sont reportées ou retardées dans 21 pays. Les activités des recensements généraux de la population et de l’habitat (RGPH) ont été interrompues ou suspendues dans 4 pays et reportées dans 7 autres pays sur les 18 où des activités de recensement étaient prévues cette année. Les activités suspendues incluent la planification et la cartographie. Aussi, dans 5 pays, le calendrier du recensement a été décalé.

Cette triste situation concerne également d’autres recensements tels que les recensements de l’agriculture, de l’élevage, les recensements économiques et des entreprises avec la suspension des travaux de terrain dans quatre pays. L’incidence sur les enquêtes annuelles du secteur de l’agriculture est particulièrement forte. En effet, les enquêtes sur la production agricole doivent coïncider avec les saisons; il est donc problématique de les repousser. Selon la FAO, plusieurs pays recevant son soutien pour la mise en œuvre d’enquêtes agricoles annuelles intégrées se heurtent à cet obstacle. Le report des enquêtes agricoles jouera aussi sur le degré de précision et il ne sera peut-être plus possible de réaliser de mesures objectives car les enquêteurs doivent se rendre en personne sur le terrain.

Malgré ces perturbations de la covid-19 sur la mise en œuvre des programmes statistiques, les INS ont fait preuve d’une réelle résilience grâce à leur grande capacité d’adaptation, notamment sur le plan méthodologique, avec cependant le risque que la qualité de certaines statistiques soit dégradée. Les enquêtes auprès des entreprises, qui reposent en général sur un système de correspondants avec les INS, vu la circonstance, ont été aussi numérisées, alors que les enquêtes auprès des ménages qui sont habituellement réalisées en face-à-face au travers de visites au domicile, se font par téléphone lorsque c’est possible.

Dans certains cas, les questionnaires sont révisés, adaptés et simplifiés ou allégés; dans d’autres, les échantillons sont aussi redimensionnés, même s’il s’avère nécessaire de reconsidérer le degré de représentativité des résultats, et de n’accepter, à titre exceptionnel, la publication de données qu’au seul niveau national.

Mais, les défis méthodologiques concernent principalement l’indice des prix à la consommation (IPC) ainsi que le taux de chômage au sens du BIT. Aussi, le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale, l’Organisation internationale du Travail (OIT), Eurostat, Afristat, la Banque africaine de Développement (BAD), et les Nations Unies, entre autres, se sont fortement mobilisés pour élaborer des lignes directrices et des notes sur la manière de résoudre les problèmes méthodologiques provoqués par les changements dus aux effets de la covid-19 dans la production statistique, afin que les INS continue d’assurer la production et la diffusion de ces statistiques sur des bases solides et selon les normes de comparabilité internationale.

Dans le domaine des statistiques agricoles, les alternatives méthodologiques proposées portent sur d’éventuels recours à des informations obtenues par télédétection comme les images satellitaires et les orthophotographies.

A ce niveau, en ce qui concerne les pays africains, d’importants obstacles sont à prendre en compte lorsque l’utilisation du téléphone portable ou l’accès à Internet est loin d’être universel, quand l’acquisition de nouveaux outils et la formation à leur utilisation reposent sur de longs et lourds processus, ou que la nécessité de mobiliser des ressources supplémentaires dans cette situation risque de créer des difficultés budgétaires aux pays.

Par ailleurs, la crise sanitaire liée à la covid-19 ainsi que ses effets socioéconomiques sont également à l’origine d’un accroissement inédit de la demande de statistiques de qualités mettant ainsi à rude épreuve les systèmes statistiques nationaux. Les données et informations statistiques sont non seulement indispensables pour suivre et anticiper l’évolution du nombre de malades et de lits d’hôpitaux, mais aussi pour estimer l’impact de la pandémie sur les conditions de vie des populations et sur l’activité économique du pays. Les données provenant des enquêtes permettent au gouvernement de prendre les mesures nécessaires pour faire face à la crise, y compris pour faire des projections et évaluer l’impact des mesures prises. Aussi, dans beaucoup de pays les INS sont chargé de conduire des études sur l’impact socio-économique de la covid-19. Dans d’autres pays, ils soutiennent également la cartographie de la propagation du nouveau coronavirus ou aident à la surveillance des patients suspects et à analyser comment les déplacements non autorisés affectent la propagation de la maladie.

Afin de rendre toutes les informations en leur possession disponibles et accessibles aux utilisateurs, les INS ont créé sur leur site web une page spéciale covid-19, rassemblant des données et statistiques fondamentales qu’ils ont publiées et pouvant servir de base de référence pour le suivi et la mesure de l’impact de la covid-19. Les informations portent sur l’économie, l’agriculture, le transport, l’énergie, le tourisme, la population, la société, la santé, la pauvreté, les conditions de vie, l’emploi et le travail, etc.

Il fallait aussi informer les utilisateurs, partenaires et fournisseurs de données de manière opportune et transparente, de tous ces changements dans nos opérations provoqués par la crise liée à la covid-19. Des efforts importants ont donc été faits par les INS pour informer les utilisateurs de l’effet que des données manquantes ou incomplètes ont eu sur la publication de statistiques régulières et d’autres changements dans leurs opérations, tout en appelant les ménages et les entreprises à continuer de participer aux enquêtes autant que possible pendant la crise, en soulignant l’importance de collecter des statistiques fiables pour évaluer l’impact de la crise. Les utilisateurs ont également été rassurés sur le fait que les INS concentrent tous leurs efforts sur le maintien de la continuité des activités, la fourniture des produits et services prévus et l’assurance d’une production de haute qualité.

La gestion efficiente des affaires économiques et sociales d’un pays repose sur une prise de décision fondée sur des données probantes. Ce qui nécessite la disponibilité à temps de statistiques exhaustives et de qualité.

La crise de la covid-19, par sa soudaineté, a surpris plus d’un au point de présenter un visage hybride dont la production des statistiques officielles est un des traits caractéristiques. Sa transformation en opportunités par les INS a permis à ces derniers de montrer leur valeur et leur pertinence pour la société en développant des solutions pratiques et des réponses concrètes aux défis que la crise leur a posés. Cela est d’autant plus remarquable que certaines de ces solutions sont le fruit de collaborations entre les INS et leurs partenaires ou proposées par les INS eux-mêmes comme meilleures pratiques en vue d’assurer la continuité opérationnelle des programmes statistiques, et pour résoudre les problèmes de disponibilité et d’accès ouvert et en temps opportun aux données nécessaires aux décideurs publics et à tous secteurs de la société pour répondre à la crise mondiale de la covid-19. Les communautés statistiques régionales et mondiales ainsi que leurs partenaires restent mobilisés pour l’échange de connaissances et le partage d’expériences réussies pour relever les défis posés par la pandémie de la covid-19 sur le développement, la production et la diffusion des données et informations statistiques.

Babacar NDIR

Directeur Général de l'ANSD

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